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LIVRE I · LES CARTES INTERDITES

CHAPITRE 59 / 62

La chambre des copies

Korr dormit pendant une journée entière. Quand il se réveilla, il demanda à voir la liste des numéros retrouvée dans le dépôt. Le conseil hésita; les numéros pouvaient désigner des plaques, des paiements ou des personnes.

« Je ne veux pas la lire », dit Korr. « Je veux savoir si le numéro quatre apparaît deux fois. »

« Pourquoi le quatre? » demanda Hara.

« La plaque que j’ai portée au dépôt portait ce numéro. Les voleurs ont demandé la quatre, pas les autres. »

Velda déplia la liste. Le numéro quatre y figurait trois fois, chaque occurrence suivie d’un petit signe différent. Le dernier ajout était récent.

« Ça signifie quoi? » demanda Zaelyra.

« Je ne sais pas », répondit Korr. « Mais la plaque quatre ne venait pas du dépôt. Elle appartenait au poste de basalte. Quelqu’un l’a apportée ici pour la copier. »

Il n’avait pas vu la personne qui l’avait déposée. Il avait seulement entendu un échange derrière la porte, avant l’éboulement.

« Cela relie le poste de basalte au dépôt? » demanda Jhaer.

« Cela signifie qu’une plaque du poste a été discutée ici », répondit Zaelyra. « Nous ne savons pas qui l’a apportée. »

« Et si c’était l’émissaire de la Maison? »

« Nous n’avons aucune raison de le dire. »

Jhaer la regarda un instant, puis acquiesça.

Korr se souvenait que les deux visiteurs avaient parlé d’une chambre où l’on gardait les copies. Le mot avait été prononcé dans le commun, mais il n’était pas certain de l’avoir entendu correctement. Ils auraient pu dire « champ », « chambre » ou « charte ».

« Où se trouverait cette pièce? » demanda Velda.

« Je l’ignore. »

Delli pensa à un ancien atelier sous les rails. On y fabriquait autrefois des plaques de passage. Il avait été condamné après qu’une presse eut blessé un ouvrier.

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« Si quelqu’un y produit de fausses marques, nous devons le savoir », dit Hara.

« La pièce est instable », répondit Delli. « Et la presse est encore dedans. »

Le conseil ne voulait pas envoyer toute une équipe. Il autorisa une inspection avec deux gardiens, Nym et Zaelyra. Kethra ne serait pas incluse; personne ne lui expliqua pourquoi. Elle ne le demanda pas.

L’atelier se trouvait derrière la salle des rails, dans une galerie basse où la chaleur de la forge ne parvenait plus. La porte était bloquée par une barre de métal. Une chaîne avait été ajoutée récemment.

Delli reconnut le verrou. Elle avait travaillé là quand elle était enfant, sous la direction de son oncle.

« Tu sais l’ouvrir? » demanda Zaelyra.

« Oui. »

« Tu veux le faire? »

« Non. »

Ils n’insistèrent pas. Un des gardiens retira la chaîne. La porte s’ouvrit sans effort, révélant une pièce couverte de poussière. La presse occupait le centre. Ses bras de métal étaient bloqués dans une position descendante. Une pile de plaques vierges reposait près du mur, protégée par une toile.

« C’est encore utilisable? » demanda Nym.

« Si on remplace l’axe et qu’on purge la rouille », répondit Delli. « Mais personne ne l’a entretenue depuis des années. »

Sous la presse, ils trouvèrent un moule cassé. Son dessin était celui d’une route en spirale, entourée de trois points. La forme ressemblait au faux signe du refuge, mais ne correspondait à aucune marque officielle.

Zaelyra dessina le moule, sans le déplacer. Une trace de cire noire avait séché sur le bord. Il ne restait ni doigt ni outil pour l’identifier.

Dans un tiroir, Nym découvrit une liste de métaux nécessaires pour fabriquer des plaques. Les quantités étaient trop faibles pour une production importante, mais suffisantes pour plusieurs copies.

« Cela pourrait être la chambre des copies », dit-il.

« Ou un ancien atelier abandonné », répondit Delli. « Tout y est vieux. »

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Fin du chapitre 59