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LIVRE I · LES CARTES INTERDITES

CHAPITRE 55 / 62

La Tranchée d’Étain

Hara choisit deux guides pour les conduire jusqu’à la gorge. L’une, Rilsa, avait grandi au refuge; l’autre, Dorn, réparait les rails. Ils ne traverseraient pas avec eux. Leur tâche serait de vérifier le premier versant et de revenir avant la fermeture du cycle.

La Tranchée d’Étain n’était pas une gorge ouverte, mais une faille souterraine large de quelques dizaines de pas, traversée par des ponts de métal et des passerelles de bois. Les rails plongeaient dans l’obscurité, puis remontaient sur l’autre versant. Le métal était couvert d’une poussière brillante qui s’accrochait aux gants.

Dorn leur expliqua que la faille avait été creusée par une rivière souterraine, puis exploitée par des mineurs. Lorsque l’eau s’était détournée, les poutres avaient séché et le sol s’était affaissé par endroits. Les chariots n’y passaient plus, mais les marcheurs utilisaient encore la passerelle haute.

« Est-elle sûre? » demanda Zaelyra.

« Elle tient. »

« Depuis quand l’as-tu vérifiée? »

« Il y a six jours. »

Nym examina les fixations. Certaines étaient anciennes, d’autres neuves. Une corde récente renforçait le milieu du pont, mais elle se terminait avant le dernier pilier.

« Qui a posé la corde? »

« Moi. »

« Pourquoi s’arrête-t-elle là? »

« Je n’avais plus de corde. »

La réponse était simple et vérifiable. Ils ne pouvaient pas combler le manque avec une promesse.

Le groupe se divisa. Les plus légers traverseraient en premier pour installer une seconde corde de l’autre côté. Les blessés attendraient avec Brakka et Rilsa. Dorn resterait au milieu, pour contrôler les ancrages. Zaelyra ne partit pas en tête; elle laissa le garde qui connaissait les marques passer avec Nym.

À mi-chemin, le pont se mit à vibrer. Un grondement traversa la faille. La poussière d’étain s’éleva en nuage et recouvrit les passerelles.

« Ne courez pas! » cria Dorn. « Restez au centre! »

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Le garde s’accroupit. Nym s’agrippa à la corde. Le pont vibra encore, puis s’immobilisa. Un des piliers avait bougé d’une largeur de doigt.

Zaelyra attendit que le sol cesse de trembler. « On revient? »

Dorn observa le pilier. « On peut continuer, mais la corde ne tiendra pas une seconde secousse. »

« Alors nous ne continuons pas », dit Rhylor.

« Il faut pourtant passer », protesta Senn. « Le refuge est derrière nous. »

« On peut repartir », dit le marchand. « Le pont ne s’est pas effondré. »

« Si on repart, l’accès peut se refermer », répondit Senn.

« Si on continue, la passerelle peut tomber. »

Les deux voix montèrent. Zaelyra regarda la corde, le pilier, les personnes encore sur le premier versant. Elle demanda à Dorn ce qu’il faudrait pour sécuriser le passage.

« Une deuxième ancre de ce côté. Et une corde assez longue. »

« Nous en avons une? »

« Pas assez longue. »

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Fin du chapitre 55