← Tous les chapitres

LIVRE I · LES CARTES INTERDITES

CHAPITRE 45 / 62

La marque ajoutée

Maera ne leur ouvrit la porte occidentale qu’après avoir reçu un message du poste suivant. Elle ne leur en donna pas le contenu. Elle leur dit seulement que la route était libre jusqu’au bassin des Veilleurs et qu’ils devaient y attendre une escorte.

Avant leur départ, elle tendit à Zaelyra une copie de la fausse plaque, cette fois sans le trait ajouté.

« Je ne veux pas que tu l’emportes », dit-elle. « Je veux que tu la regardes. »

Zaelyra compara la gravure au signe de Mara. La copie avait été faite dans une matière plus molle, puis durcie à la chaleur. Le faussaire avait reproduit la forme générale, mais inversé deux petites marques sur le revers.

« Ça vient d’un atelier? » demanda-t-elle.

« Probablement. »

« Lequel? »

« Je ne sais pas. »

Maera posa son doigt sur un symbole minuscule au bord de la plaque. « Ce signe apparaît sur des cargaisons qui passent par plusieurs routes. On le retrouve chez des marchands drows, des nains et des humains. Il ne désigne pas une seule organisation. »

Kethra se pencha. Elle connaissait le symbole. « C’est une marque de courtier. Certains employés de Bregan D’aerthe l’utilisent, mais pas uniquement eux. »

« Tu en as déjà vu? » demanda Zaelyra.

« Oui. »

« Sur des marchandises vendues par toi? »

Kethra fixa le signe. « Oui. »

La réponse ne surprit personne. Elle n’essaya pas de s’excuser.

« Est-ce le même courtier qui t’a demandé la route de Veyr? » demanda Zaelyra.

« Je ne sais pas. Les marques sont partagées. Je n’ai jamais vu son visage. »

« Tu peux reconnaître sa façon d’écrire? »

« Peut-être. Si je la vois. »

Zaelyra ne lui demanda pas de le promettre. Maera reprit la copie et la rangea dans son registre.

Page 1

Veli les conduisit par un passage plus étroit, où l’air s’engouffrait à intervalles réguliers. Le bassin des Veilleurs se trouvait à une demi-journée de marche. La plaque de route indiquait une halte gardée par une famille de gardiens, qui surveillait le débit d’une source et prêtait des lampes aux voyageurs.

La marche fut plus calme que les précédentes. La route s’élargissait par endroits, et des champignons pâles éclairaient les parois. La jeune drow à l’entaille au menton raconta qu’elle avait choisi de partir non parce qu’elle voulait vivre à la surface, mais parce que sa famille avait déjà décidé ce qu’elle ferait de sa vie.

« Je ne sais pas ce que je veux à la place », dit-elle.

« Tu n’es pas obligée de le savoir avant de partir », répondit Zaelyra.

« Et si j’aime ce que je découvre ici? »

« Alors tu pourras choisir de rester. »

« Et si je veux rentrer un jour? »

Zaelyra regarda la galerie derrière elles. « Alors il faudra que la route du retour soit aussi une possibilité. »

La jeune drow hocha la tête. Elle ne demanda pas si Zaelyra reviendrait elle-même.

À mi-chemin, Veli s’arrêta devant un mur lisse. Il retira la plaque de sa corde et la posa contre une encoche invisible. Une partie de la roche s’ouvrit sur une petite alcôve où reposaient des lampes de terre et une bouteille d’huile.

« Un dépôt? » demanda Nym.

« Une réserve commune. Les gens prennent ce dont ils ont besoin et laissent ce qu’ils peuvent. »

« Comment savez-vous que personne ne vide tout? »

« Parfois, quelqu’un le fait. Alors il n’y a plus de réserve. »

Le marchand fronça les sourcils. « C’est votre seule protection? »

« Non. Il y a aussi les gens qui ont besoin que la réserve existe demain. »

Page 2

Fin du chapitre 45