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LIVRE I · LES CARTES INTERDITES

CHAPITRE 18 / 62

Le nom qu’on ne donne pas

Orl pouvait de nouveau marcher, mais s’appuyait encore sur Rhylor dès que le sol devenait irrégulier. Il avait arraché l’insigne lacéré de son manteau; seul le tatouage pâle d’une ancienne Maison subsistait sur son poignet, gratté jusqu’au sang. Il refusa toujours de dire pour qui il avait travaillé.

« Tu veux que nous te conduisions à Veyr sans savoir qui te cherche? » demanda Nym.

« Je veux qu’on me conduise à l’endroit où j’ai promis d’apporter le message. »

« Ton message a été pris », dit Zaelyra.

« Une partie. »

« Je ne peux plus leur remettre la liste. Je peux encore leur dire qu’elle a été interceptée. »

Ils marchaient au bord d’un lac souterrain. Des algues luminescentes dessinaient des courbes sur l’eau. Au-dessous de la surface, des poissons aveugles se rassemblaient près des rochers.

Orl finit par raconter qu’il avait travaillé comme copiste pour une branche marchande. On l’avait chargé de livrer à Veyr une liste de familles cherchant à quitter la cité. Selon les instructions reçues, le pli devait aider à leur proposer un passage sûr. Orl ignorait qui avait pris cet engagement, et s’il serait tenu. Des inconnus l’avaient intercepté.

« Tu sais qui a payé pour cette liste? » demanda Rhylor.

« Non. »

« Tu sais pourquoi Kethra était nommée? »

« Elle a vendu une route au plus offrant. La liste disait ça. Elle ne disait pas qui avait payé. »

Nym secoua la tête. « Une accusation écrite n’est pas une preuve. »

« C’est ce que ma sœur a dit », répondit Zaelyra.

« Alors ta sœur et moi sommes d’accord sur quelque chose. C’est inquiétant. »

La remarque arracha un souffle amusé à Pell. Même Sszindi sourit, puis grimaça lorsque sa blessure tira.

Ils s’arrêtèrent pour refaire son bandage. La vieille drow demanda à Zaelyra si le Relais de Veyr était vraiment un refuge.

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« C’est une ancienne station », répondit-elle. « Je ne sais pas qui y vit maintenant. »

« Alors tu ne peux pas promettre qu’on y sera accueillis. »

« Non. »

« Mais tu nous y conduis quand même. »

« C’est la route que nous avons. »

Sszindi hocha la tête. « C’est mieux qu’une promesse. »

Plus loin, la rive se rétrécit et les obligea à marcher sur une corniche. Une petite barque était amarrée sous un rebord. À son bord, une femme svirfneblin relevait un filet. Elle aperçut Nym, puis regarda le groupe.

« Tu reviens avec des ennuis », dit-elle.

« Je reviens avec des gens », répondit-il.

« C’est souvent la même chose. »

La femme s’appelait Rilla. Elle connaissait Nym depuis des années, mais elle ne lui fit pas d’accolade. Elle vérifia plutôt ses mains et son sac, puis s’assura qu’aucun garde ne les avait suivis.

« Je ne t’ai pas demandé de les amener. »

« Je ne te demande pas de les garder. Juste de nous montrer le bord nord du lac. »

« Et si la Maison suit? »

Nym ne répondit pas tout de suite. « Je prendrai ma route, pas la tienne. »

Rilla finit par leur confier sa barque plate et ses deux rames pour longer la rive nord jusqu’à Veyr. Ils l’amarraient à l’anneau du relais; un convoyeur la rapporterait au lac à l’occasion. Elle leur donna aussi un sac de nourriture, mais refusa d’embarquer. Avant qu’ils repartent, elle retint Nym par le poignet.

« Le sac vient de notre réserve », dit-elle. « Ce n’est pas une donation. Tu le rembourseras quand tu pourras. »

« Je sais. »

« Pas à moi. Au prochain groupe qui manquera de vivres. »

Nym acquiesça. Il connaissait la règle: l’aide devait revenir à la communauté, pas à la personne qui l’avait accordée.

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Fin du chapitre 18