← Tous les chapitres

LIVRE I · LES CARTES INTERDITES

CHAPITRE 48 / 62

Le marché des seuils

La halte suivante portait un nom gravé sur une plaque d’os: le Marché des seuils. Les voyageurs y entrèrent par un couloir en pente, entre deux piliers couverts de petits anneaux de cuivre. Chaque anneau indiquait le prix d’un service: eau, lampe, guide, réparation, abri. Certains étaient vides. D’autres portaient des jetons de bois.

Veli leur avait dit de ne pas croire qu’un marché était neutre parce que ses prix étaient affichés. Il ne leur avait pas expliqué ce qu’il voulait dire.

Une femme à la peau grise les attendait près d’une balance. Elle portait une veste de laine et un couteau de boucher à la ceinture. Son nom était Dorga, intendante du marché. Elle salua le guide de Ressa, puis examina le groupe sans s’attarder sur leurs armes.

« Vous avez payé le passage? »

« Jusqu’ici, oui », répondit Zaelyra.

« Alors vous avez droit à la cour commune, à une ration d’eau par personne et à l’examen de vos cartes par le conseil. Rien au-delà. »

« Peut-on acheter un guide? » demanda le marchand.

« Vous pouvez en demander un. Il n’est pas obligé d’accepter. »

« Et si personne n’accepte? »

« Vous pouvez attendre ou repartir. »

Le marchand souffla par le nez, mais il n’insista pas.

Dorga leur fit remplir les jetons de passage. Chaque voyageur devait indiquer son nom, ou préciser qu’il n’en donnerait pas. Ceux qui refusaient recevraient un signe provisoire, reconnaissable par les gardiens mais inutile pour retracer leur origine.

Kethra regarda les anneaux de cuivre suspendus au-dessus de la balance. « Les voyageurs peuvent échanger leurs jetons? »

« Non. »

« Même si quelqu’un veut donner le sien? »

« Il peut le faire, mais nous n’enregistrons pas le changement. Le service reste associé à celui qui l’a demandé. »

« Et si quelqu’un vend un jeton? »

« Alors nous le récupérons. »

Page 1

La règle limitait les abus, mais elle ne les empêchait pas. Zaelyra le dit à Dorga.

« Aucune règle ne les empêche », répondit l’intendante. « On décide seulement ce qu’on fera quand ils arrivent. »

La cour commune était déjà pleine. Une caravane attendait devant la porte sud; ses chariots étaient bâchés et ses conducteurs parlaient à voix basse. Un vieux nain réparait une roue, tandis que deux drows négociaient une place sur un convoi qui devait repartir vers l’est.

La lumière venait de globes de verre vert suspendus au plafond. La salle était plus vive que les galeries précédentes. Les enfants couraient entre les bancs, mais s’arrêtaient chaque fois qu’un gardien levait la main. Personne ne leur criait dessus; ils connaissaient les limites du lieu.

Dorga leur expliqua que le marché ne possédait aucune route. Les guides vendaient leur temps, les communautés prêtaient des passages, et les voyageurs pouvaient refuser les conditions proposées. Les jetons servaient à éviter qu’un seul groupe ne fasse payer plusieurs fois le même service.

Page 2

Fin du chapitre 48