← Tous les chapitres

LIVRE I · LES CARTES INTERDITES

CHAPITRE 15 / 62

La voix de l’autre côté

Le nouveau passage les conduisit dans une série de salles rondes, reliées par des ouvertures étroites. La voix y courait d’un mur à l’autre. Un mot prononcé à l’entrée pouvait revenir de trois directions, parfois après plusieurs respirations.

« Les Trois Échos », dit Zaelyra.

« Pas les mêmes galeries », corrigea Nym. « Les mêmes bâtisseurs. »

Il posa un doigt sur les stries du mur. Les lignes convergeaient vers une fente, puis se séparaient à nouveau. Nym murmura un chiffre. La salle le renvoya, déformé par les angles.

Pour comparer les retours, Zaelyra lança son nom vers l’ouverture. Le mot lui revint après deux respirations, plus bas et comme venu d’ailleurs.

« Si l’on se perd, on ne suit pas les voix », dit-il. « On suit le courant d’air. »

Ils avancèrent par paires, reliés par une corde. Pell marchait près de Zaelyra. Sszindi s’appuyait sur Rhylor. La fillette gardait toujours sa boîte contre elle.

Zaelyra laissa Nym choisir les carrefours. Il ne regardait pas les murs; il écoutait la température de l’air sur sa joue et les vibrations de la corde. À chaque chambre, il demandait à Pell de compter jusqu’à cinq. Le délai entre la voix et son retour donnait une idée de la taille de la salle suivante.

« Si je compte trop vite, ça change quelque chose? » demanda Pell.

« Seulement si tu comptes mal. »

« Alors je vais compter lentement. »

« Bonne idée. »

Dans la deuxième chambre, le nom de Zaelyra revint de derrière eux, puis du plafond. Rhylor tendit la corde et tout le groupe s’arrêta.

« Ce n’est pas ma voix », dit-elle.

« Non », répondit Nym. « C’est la tienne, renvoyée par une autre chambre. »

Page 1

Il leur fit attendre que l’air se stabilise. Le courant venait du passage de droite, mais la voix y revenait plus nette encore. Pell voulait suivre le son. Zaelyra lui demanda de fermer les yeux et de décrire ce qu’il sentait.

« De la poussière sur le visage. »

« Dans quelle direction? »

Il tourna lentement la tête vers le passage central. « Là. »

La sortie se trouvait effectivement au centre, dissimulée derrière un pilier. Nym lui donna une petite bille de cuivre.

« Tu l’as méritée. Ne la lance pas dans un puits. »

Pell la glissa dans sa poche avec un sérieux cérémonieux.

Au troisième carrefour, un appel monta de la galerie de gauche.

« À l’aide! »

La voix semblait proche. Zaelyra fit signe au groupe de s’arrêter. Rhylor leva le poing pour interdire d’avancer.

L’appel revint de la droite, plus faible.

« À l’aide! »

Pell tira sur la corde. « Quelqu’un est coincé. »

« Ou quelqu’un veut qu’on le croie », dit Rhylor.

Zaelyra ferma les yeux et écouta. Le cri avait une respiration régulière, sans la cassure d’une personne qui manquait d’air. Une mise en scène, peut-être. Ou un signal convenu.

Nym glissa une pierre dans la fente d’air. Elle fut aspirée vers la galerie du milieu.

« Le courant passe par là. »

« La voix venait de gauche », dit Pell.

« La voix vient de partout ici », répondit Nym. « La pierre, elle, ne ment qu’une fois. »

Ils prirent le passage central. Au-delà, ils trouvèrent une petite chambre effondrée et, sous les débris, un drow blessé, un jeune adulte au visage couvert de poussière. Sa jambe était prise sous une dalle. C’était de là que venait l’appel, déformé et dispersé par les salles. Il portait l’insigne d’une Maison mineure, lacéré au couteau.

Rhylor s’accroupit près de lui. « Qui t’a fait ça? »

« Ceux qui m’ont laissé là. »

« Pourquoi? »

Page 2

Fin du chapitre 15