Zaelyra regarda les lits improvisés. Elle comprenait que l’absence de registre n’était pas une règle de confort. C’était une manière de rendre chaque habitant plus difficile à retrouver, même au prix de ne jamais savoir combien ils étaient.
Le relais abritait une douzaine de personnes: deux familles drows, un marchand duergar, trois svirfneblins et un ancien soldat dont l’armure avait été repeinte. Ils ne formaient pas une communauté. Ils partageaient seulement un toit, parce que personne ne leur avait proposé mieux.
« Combien de temps pouvons-nous rester? » demanda Zaelyra.
« Ça dépend de ce que vous apportez. »
« Des cartes, des bras et aucune certitude. »
Brakka eut un rictus. « Les bras, je prends. Les cartes, je les vérifie. Les certitudes, gardez-les. Elles prennent de la place. »
Zaelyra lui montra le relevé de la galerie officielle. Brakka ne le toucha pas.
« Cette route est fausse. »
« Elle est incomplète. »
« Ici, c’est la même chose. »
Nym intervint. « Elle nous a conduits jusqu’ici. »
« Alors elle a eu de la chance. »
« Ou elle a regardé où elle posait les pieds. »
Brakka observa Zaelyra. « Tu veux quoi? »
« Une nuit pour les blessés. Ensuite, nous repartirons vers les Marches de Lune. »
« Il n’y a pas assez de provisions pour une caravane. »
« Nous ne sommes pas une caravane. »
« Pas encore. »
Le mot resta en suspens entre elles.
Dans la cour, un enfant apporta de l’eau à Sszindi. Un autre tendit un morceau de pain à Pell. La fillette observa la scène comme si la gentillesse était une langue étrangère dont elle reconnaissait quelques sons.
Zaelyra comprit pourquoi le relais avait été gardé malgré l’abandon de la route. Il n’était pas sûr. Il était simplement un endroit où l’on pouvait choisir de ne pas fermer la porte.