LIVRE I · LES CARTES INTERDITES
CHAPITRE 08 / 62
Les mains propres
Au matin, le messager avait disparu. Le garde de faction nia l’avoir vu; son regard disait le contraire.
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LIVRE I · LES CARTES INTERDITES
CHAPITRE 08 / 62
Au matin, le messager avait disparu. Le garde de faction nia l’avoir vu; son regard disait le contraire.
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La veille, il avait reconnu l’avoir laissé entrer. Zaelyra ne le contredit pas. Le lui rappeler devant le poste aurait transformé une confidence en accusation.
Zaelyra retrouva Vhaelyn dans la salle de prière secondaire. Sa sœur avait retiré les ornements de sa robe et frottait ses doigts avec une eau parfumée. Elle s’arrêta en voyant Zaelyra.
Une trace d’encre résistait sous l’ongle de son index. Vhaelyn frotta encore, puis cacha sa main dans sa manche.
« Rhylor? »
« Le temple l’a relâché. Il est assigné à ses quartiers. »
« Pourquoi? »
« Il n’a rien avoué. » Vhaelyn sécha ses mains. « Et il n’a rien nié. »
« Tu sais ce qu’il a fait autrefois? »
« Non. Je sais ce que les gens prétendent. C’est différent. »
Un acolyte apparut dans l’embrasure. « La Matrone demande les deux filles. »
Zesstra les reçut devant la carte murale. Elle avait déplacé les fils noirs. La voie de la citerne était maintenant reliée au quartier des forges et au Bazar.
L’ordre de la veille restait en vigueur; la Matrone en précisait à présent les conditions sur le terrain.
« Des cargaisons disparaissent dans les galeries basses », dit-elle. « Des armes, des vivres, parfois des gens. Si cette route est utilisée contre la Maison, nous devons la fermer. »
« Et si elle est utilisée pour faire sortir des familles? » demanda Zaelyra.
« Une famille peut devenir une cargaison dès qu’elle coûte des soldats. »
Vhaelyn pâlit. « Mère. »
« Je ne vous demande pas d’aimer la réponse. Je vous demande de comprendre son prix. » Zesstra posa deux tablettes devant elles. « Vhaelyn conduira les gardes. Zaelyra fera le relevé. Vous trouverez l’entrée de la citerne et identifierez ceux qui s’en servent. Nym vous accompagnera sous escorte. Rhylor restera ici. »
Vhaelyn posa sur la table la copie des deux sceaux. « L’ordre du temple exige le transfert de Nym avant la prochaine ignition. »
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« Je le sais. La Maison diffère ce transfert jusqu’à la fin de l’inspection. Vous serez revenues avant l’allumage de Narbondel. »
« Et si nous ne le sommes pas? »
« Alors le temple le recevra avec mon rapport et le vôtre. Je prends la responsabilité du délai, pas de son annulation. »
Vhaelyn replia la copie. « Le temple demandera qui a décidé. »
« Il aura mon nom. »
La Matrone n’avait pas haussé la voix. Elle ne proposait ni refuge ni pardon; elle fixait une limite qu’elle était prête à défendre jusqu’à l’ignition suivante.
« Tu le sépares de la route parce qu’il la connaît », dit Zaelyra.
« Je le sépare de toi parce que tu l’écoutes. »
Sa mère n’éleva pas la voix. Elle n’en avait pas besoin.
Plus tard, dans le corridor, Vhaelyn rattrapa Zaelyra.
« Si tu caches encore des choses, je ne pourrai pas te couvrir. »
« Je ne te demande pas de le faire. »
« Si. Chaque fois que tu me laisses découvrir le danger après toi, tu me le demandes. »
Zaelyra voulut répondre, mais aucun mot ne lui parut honnête.
Vhaelyn la rejoignit près de l’escalier qui menait aux quartiers de garde. Elle avait remplacé la tablette de cire par une carte roulée.
« Pourquoi as-tu accepté de conduire la patrouille? » demanda Zaelyra.
« Si j’avais refusé, Mère aurait envoyé une prêtresse qui considère chaque prisonnier comme une offrande en attente. »
« Tu crois pouvoir l’empêcher? »
« Je peux ralentir les choses. Parfois, c’est tout ce qu’il y a à faire. »
Elle déroula la carte. La ligne officielle contournait les Trois Échos par un couloir plus long, plus large et surveillé par deux postes de garde. Zaelyra y reconnut une correction fraîche.
« Cette route ne rejoint pas la citerne. »
« Non. Elle rejoint le poste de contrôle qui en garde l’accès. »
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« Quelqu’un veut que nous arrivions devant les prêtresses. »
« Ou que nous ayons une raison de revenir. »
Vhaelyn replia la carte. « Si tu trouves une autre voie, dis-le-moi avant de la prendre. »
« Je vais essayer. »
« Ce n’est pas une promesse. »
« Non. Mais c’est la vérité. »
Sa sœur hocha la tête. « C’est plus que ce que j’avais hier. »
Zaelyra sentit la réponse lui coûter. Elle aurait préféré promettre qu’elle ferait tout juste. Elle savait désormais qu’une promesse pouvait devenir une autre carte fausse.
À la tombée des lampes, Vhaelyn rassembla la patrouille. Elle fit vérifier les lampes, les cordes et les réserves d’eau, puis demanda à chacun de nommer la personne qui prendrait sa relève si le groupe devait se séparer.
Un jeune soldat répondit qu’il n’avait personne.
« Alors choisis quelqu’un ici », dit Vhaelyn.
Il désigna une garde du même âge. Elle protesta, puis noua sa corde à la sienne.
« Vous pouvez tenir les sorties, mais personne ne tire sans mon ordre. Si des voyageurs apparaissent, vous les tenez en joue et vous attendez. »
Zaelyra comprit ce que sa sœur essayait de faire. Une patrouille qui connaissait les noms de ses membres hésiterait davantage avant de traiter les fugitifs comme des cargaisons. Vhaelyn ne devenait pas plus douce; elle rendait simplement l’obéissance aveugle plus difficile.
Nym observa la préparation sans commentaire. Près de la porte, il s’arrêta devant un petit chariot chargé de caisses.
« La roue gauche est fendue. »
Le garde de tête posa la main sur sa lame. « Tu n’es pas ici pour inspecter nos chariots. »
« Si elle casse dans la pente, vous perdrez les caisses. Si elles contiennent des provisions, vous perdrez aussi votre mission. »
Vhaelyn envoya le garde vérifier. La roue était bien fendue.
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« Tu vois? Il y a des façons de rendre un prisonnier utile sans lui demander de choisir un camp », dit Nym.
« Et il y a des façons de rester vivant sans donner de leçon à son escorte », répondit Vhaelyn.
Nym sourit. « Je les apprends encore. »
La patrouille se mit en marche. Nym avançait entre deux gardes, les poignets libres mais surveillés. Vhaelyn menait le groupe; Zaelyra portait la carte officielle, dont la route avait été corrigée pour éviter les endroits qu’elles connaissaient déjà.
Au premier carrefour, Zaelyra remarqua sur la face du pilier visible depuis les trois branches trois traits de craie, presque effacés. Le dessin rappelait celui du vieux parchemin et de la cire du scribe, sans prouver qu’il venait de la même main.
Elle continua sans ralentir.
Elle ne savait pas si les traits indiquaient un itinéraire, un avertissement ou autre chose. Elle nota leur emplacement sans choisir entre ces lectures.
La jeune garde de la roue fendue l’avait vu aussi. Elle se plaça près de Vhaelyn, sans quitter le pilier des yeux.
« On devrait retourner à la Maison », dit-elle. « Si quelqu’un observe, il sait que nous l’avons remarqué. »
« S’il nous observe, il saura aussi que nous avons changé d’itinéraire. »
« Et s’il attend la citerne? »
Vhaelyn lui demanda de nommer les trois sorties les plus proches. La garde en désigna deux. La troisième était derrière elle, à travers un passage assez large pour une seule personne.
« Si nous faisons demi-tour, nous serons tous obligés de passer par cette porte », dit Vhaelyn. « Si nous continuons, nous gardons deux options. »
La jeune femme regarda Nym, puis Zaelyra. « Et si c’est un piège? »
« Alors nous n’y entrerons pas sans l’avoir vérifié. »
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Fin du chapitre 8