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LIVRE I · LES CARTES INTERDITES

CHAPITRE 54 / 62

Les mesures effacées

Le refuge se trouvait au bord d’une grande caverne traversée par des rails rouillés. Les rails se perdaient dans un tunnel de pierre claire, puis réapparaissaient de l’autre côté, tordus et brisés. Des maisons basses avaient été bâties dans les anciennes salles de chargement. Les portes étaient peintes de couleurs différentes, et des lanternes de verre jaune pendaient au-dessus des entrées.

Une femme aux cheveux tressés les attendait près d’une balance. Elle se nommait Hara Denvin, gardienne des mesures. Elle vérifia la plaque de Ysil, puis demanda au groupe de déposer les armes longues à l’entrée.

« Les dagues restent aux ceintures », ajouta-t-elle. « Nous savons que vous en avez. Ne faites pas semblant du contraire. »

Brakka détacha sa hache et la posa sur un râtelier. Les autres suivirent. Zaelyra remit son couteau après avoir demandé si elle pourrait le reprendre pour couper les vivres.

« Oui. On te le rendra à la sortie. »

« Et si je dois le prendre avant? »

« Tu demandes. »

La réponse n’avait rien d’humiliant. Zaelyra accepta la règle.

Hara leur fit traverser l’ancienne salle de pesée. Des balances de pierre y mesuraient encore les charges, chacune marquée d’un poids différent. Les habitants avaient transformé les anciens quais en étals. On y vendait du sel, du champignon séché, des pièces de cuir, des lampes et des cartes gravées sur de fines plaques.

« Vous êtes cartographes? » demanda une vieille marchande en voyant les étuis.

« Certains », répondit Zaelyra.

« Alors ne dessinez pas les rails. Ils ne mènent plus nulle part. »

« Nous les avons vus. »

« Tout le monde les voit. C’est pour cela qu’ils continuent à attirer les gens. »

Hara les mena jusqu’à une salle où les mesures des anciens trajets étaient conservées sur des tablettes. Plusieurs avaient été grattées. Certaines portaient deux chiffres superposés, une distance ancienne et une nouvelle. D’autres avaient été brisées en deux.

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« Qui a effacé les relevés? » demanda Zaelyra.

« Des gens qui pensaient protéger leur communauté », dit Hara. « D’autres ont effacé les noms des guides pour qu’on ne puisse pas les rendre responsables des erreurs. Puis chacun a accusé le suivant. »

« Pourquoi les garder ainsi? » demanda Ithryl, qui venait de les rejoindre après avoir pris du retard pour aider un enfant blessé.

« Pour que personne ne puisse prétendre que la mesure a toujours été la même. »

Hara leur montra un plan du réseau occidental. Il s’arrêtait à une gorge appelée la Tranchée d’Étain. Au-delà, les trajets avaient été copiés de plusieurs sources sans date fiable.

« Nous cherchons une voie vers les Marches de Lune », dit Zaelyra.

« Tout le monde la cherche, à un moment ou à un autre. »

« Vous savez si elle existe? »

« Oui. »

« Elle est praticable? »

« Par endroits. »

« Y a-t-il une sortie vers la surface? »

« Je n’en ai jamais vu. »

Hara ne voulait pas leur vendre une carte. Elle acceptait de leur montrer le chemin jusqu’à la Tranchée, à condition qu’ils laissent une copie de leurs observations sur le poste de guet et qu’aucun nom de refuge n’apparaisse sur la version publique.

« Pourquoi nous aider? » demanda le marchand.

« Parce que vous avez apporté une plaque rendue, pas une plaque volée. Parce que vous avez écrit ce que vous ne saviez pas. Et parce qu’on nous a dit que des gens vendaient de faux passages avec les marques de plusieurs communautés. »

« Vous savez qui les a fabriqués? » demanda Zaelyra.

« Non. Mais nous avons reçu une copie. Elle porte un symbole d’araignée. »

Zaelyra pensa au jeton trouvé dans l’automate du poste. Elle le montra à Hara.

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Fin du chapitre 54