LIVRE I · LES CARTES INTERDITES
CHAPITRE 23 / 62
Les absents
Brakka referma la porte de la réserve et s’appuya contre elle. Du sang coulait de son avant-bras, mais la blessure ne semblait pas profonde.
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LIVRE I · LES CARTES INTERDITES
CHAPITRE 23 / 62
Brakka referma la porte de la réserve et s’appuya contre elle. Du sang coulait de son avant-bras, mais la blessure ne semblait pas profonde.
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« Combien restent dans la cour? » demanda Zaelyra.
« Les deux gardes, moi, avant que je descende. Rhylor est à la porte ouest. Kethra… je ne sais pas. »
« Tu l’as vue? »
« Elle a ouvert la citerne. Après, elle est partie. »
Un grondement fit trembler la salle. Quelque part au-dessus, la porte ouest céda.
Zaelyra se dirigea vers l’escalier.
Brakka lui barra le passage. « Tu as fait sortir ceux que tu pouvais. »
« Rhylor est encore là. »
« Et si tu meurs en allant le chercher, il aura tenu la porte pour rien. »
Zaelyra regarda les réfugiés. Pell portait l’un des enfants sur son dos. Sszindi s’était assise contre le mur. Tazri tenait la boîte de cartes, ses doigts serrés sur le couvercle.
Elle avait voulu partir seule, autrefois, parce qu’une personne pouvait se glisser là où un groupe ne passait pas. Elle comprenait maintenant que la même logique pouvait abandonner quelqu’un de l’autre côté.
« Je n’y vais pas seule. »
Brakka jura. « Ça ne rend pas l’idée meilleure. »
« Combien de temps avant qu’ils atteignent l’escalier? » demanda Zaelyra.
Brakka calcula en silence. « Si la porte ouest tient encore, quelques minutes. Si elle est tombée, ils sont déjà dans la cour. »
« Combien de personnes peux-tu faire descendre par le passage? »
« Toutes. Pas vite. »
« Et si les mercenaires trouvent la réserve? »
« Ils trouveront une porte fermée et des gens qui ne veulent pas être pris. »
La réponse ne contenait aucun plan de bataille. Brakka ne prétendait pas protéger les réfugiés; elle leur indiquait ce qu’elle pouvait tenir et ce qu’elle ne pouvait pas garantir.
Zaelyra se tourna vers les familles. « Le passage est étroit. Ceux qui peuvent marcher seuls iront au centre. Les blessés entre deux adultes. Les enfants restent avec la personne qu’ils connaissent le mieux. Si vous ne voulez pas partir, dites-le maintenant. »
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Personne ne répondit tout de suite.
Une femme aux cheveux ras demanda: « Est-ce que vous reviendrez nous chercher si nous restons? »
Zaelyra sentit la promesse lui monter aux lèvres. Elle l’arrêta.
« Si le passage reste ouvert, nous essaierons. Je ne peux pas vous promettre que nous réussirons. »
La femme regarda la porte, puis son compagnon. « Alors nous partons ensemble. »
Ce fut la première décision du groupe qui ne venait ni de Zaelyra ni de Brakka.
Nym s’avança. « Il existe un second escalier depuis l’alcôve. Il rejoint le parapet. »
« Tu viens avec nous? »
« Je viens vérifier que tu ne fais pas une carte avec un seul chemin. »
Brakka remit sa hache en main. « Je vous accompagne jusqu’au parapet. Pas plus loin. Quelqu’un doit faire sortir les derniers. »
Ils montèrent par les marches étroites. À travers les meurtrières, Zaelyra aperçut la cour en contrebas. Un groupe de mercenaires avait franchi la porte ouest. Ils portaient des manteaux gris et des brassards sans signe distinctif.
Rhylor tenait le passage devant le puits. Il reculait lentement, une lame dans chaque main. Kethra se trouvait à quelques pas de lui, les bras levés pour montrer qu’elle n’était pas armée.
« Elle l’a livré », souffla Zaelyra.
« Ou elle essaie de le sortir », murmura Nym.
Le chef des mercenaires tendit une feuille à Rhylor. « Nous voulons la plaque de Dhal et la fille. Indique-moi où les trouver, et le reste du relais pourra partir. »
Rhylor ne bougea pas.
Kethra s’approcha d’un pas. « Ce n’est pas ce qu’on avait convenu. »
Le chef la gifla du revers de la main. Elle tomba contre le mur.
Zaelyra fit un mouvement. Brakka la retint.
« Pas encore », dit-elle.
Le chef leva deux doigts. Un arbalétrier visa Rhylor. Zaelyra sortit la plaque de cuivre et frappa trois fois sur le tuyau qui courait sous le parapet, puis une fois.
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La première réponse de Rhylor ne vint pas. Elle recommença, plus fort. La plaque vibra dans sa paume.
« S’il ne répond pas? » demanda Nym.
« Alors nous suivrons quand même la sortie de l’est. »
« Ce n’est pas la même chose que de le rejoindre. »
« Je sais. »
Brakka posa une main sur le tuyau. Elle sentit la vibration avant d’entendre le coup: une réponse courte, puis une longue.
« Il a reçu le signal », dit-elle.
Brakka fit signe à Zaelyra de baisser la plaque. « Pas de second appel. Si quelqu’un d’autre l’entend, il saura qu’il y a deux groupes dans le conduit. »
« Rhylor peut croire que nous avons entendu sa réponse? »
« Il sait que tu as reçu un coup. Il ne sait pas qui est près de toi. »
Zaelyra voulut frapper encore, mais elle rangea la plaque. Elle comprenait la règle; elle n’acceptait pas l’impuissance qui l’accompagnait.
Nym traça au charbon l’angle des conduites sur un morceau de bois. Deux tuyaux convergeaient vers le relais, mais l’un s’était rompu. Le signal de Rhylor avait dû passer par la ligne de vidange.
« Si nous ouvrons la vanne, l’eau emportera le son », dit-il. « Nous pouvons la faire vibrer depuis la niche. »
« Et si la vanne est bloquée? »
« Alors nous saurons que le tuyau est bouché. »
« Tu as réponse à tout? » demanda Zaelyra.
« Non. J’ai des expériences qui échouent dans un ordre prévisible. »
Ils frappèrent doucement la conduite. La vibration traversa la pierre, mais aucune réponse ne revint. Zaelyra ajouta un trait pointillé à la carte, pas une ligne pleine. C’était peut-être la seule manière d’appeler Rhylor sans lui promettre qu’elle viendrait.
Zaelyra ne demanda pas ce que signifiait la réponse. Elle n’avait pas besoin d’en faire davantage qu’un accord: le passage restait ouvert, et Rhylor ferait ce qu’il pourrait.
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Rhylor releva la tête, comme s’il avait compris qu’une voie restait ouverte. Sa première lame frappa la lanterne au-dessus du puits. L’obscurité tomba sur la cour. Les mercenaires crièrent. Zaelyra se précipita vers l’escalier.
Brakka la suivit.
« J’avais dit que je restais au parapet. »
« Et moi, j’ai changé d’avis. »
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Fin du chapitre 23