LIVRE I · LES CARTES INTERDITES
CHAPITRE 09 / 62
La salle sans écho
La patrouille atteignit la citerne sans rencontrer personne. Trop facilement.
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LIVRE I · LES CARTES INTERDITES
CHAPITRE 09 / 62
La patrouille atteignit la citerne sans rencontrer personne. Trop facilement.
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Vhaelyn fit placer deux gardes à chaque entrée. Nym fut conduit près du mur, sous la surveillance d’un arbalétrier. Zaelyra posa la carte sur une caisse et compara les marques de craie aux mesures prises la veille.
« La barque a disparu », dit-elle.
« Ils savent que nous venons », répondit Vhaelyn.
Un bruit retentit au-dessus d’elles. Puis un second, plus proche. Les gardes levèrent leurs armes. L’eau de la citerne frissonna, mais rien n’en sortit.
Nym se pencha sur le sol. « Ce n’est pas au-dessus. C’est derrière le mur. »
Un cliquetis répondit derrière la paroi. Une jointure, invisible jusque-là dans la roche, se dessina; un panneau pivota vers l’intérieur, dévoilant une salle basse. Le mécanisme aurait dû renvoyer son bruit contre les parois; le son s’éteignit dès le seuil franchi. Trois personnes y étaient accroupies: une vieille drow, un adolescent et une fillette aux cheveux pâles. La fillette tenait contre elle une boîte de bois. La vieille portait une blessure au flanc.
Les arbalétriers les visèrent.
« Baissez vos armes », ordonna Zaelyra.
« Ils sont entrés sur le territoire de la Maison », dit Vhaelyn.
« Ils sont désarmés. »
« Ils peuvent être des appâts. »
La vieille leva les mains. « Nous cherchons le relais. On nous avait dit que le guide reviendrait. »
Vhaelyn fit signe aux gardes de ne pas avancer. Les deux plus proches reculèrent jusqu’au premier angle, sans baisser leurs armes. « Tu connais son nom? »
« Non. »
« Tu as reçu la plaque d’un cercle ouvert. »
La vieille jeta un regard vers le couloir. « J’ai reçu une marque. Pas une plaque. »
« Combien de temps avez-vous attendu? » demanda Zaelyra.
« Deux jours. »
« Pourquoi ne pas être repartis? »
« Le garçon ne pouvait plus marcher. » La vieille désigna Pell. « Et les gardes avaient fermé le chemin derrière nous. Je m’appelle Sszindi. »
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Les soldats échangèrent un regard. Vhaelyn le remarqua.
« Vous avez vu des gardes de la Maison? »
« Nous avons vu leurs lampes. Nous n’avons pas attendu de voir leurs visages. »
Zaelyra s’agenouilla près de la blessure. Le sang avait séché sur le bandage, mais la plaie continuait de suinter. Elle demanda de l’eau et une bande propre.
« Si vous la soignez, elle parlera », dit un des gardes.
« Si je ne la soigne pas, elle mourra avant d’avoir pu le faire. »
Vhaelyn laissa passer un silence, puis tendit elle-même une bande de tissu. Le garde qui avait parlé détourna les yeux.
« J’ai transporté des marchandises pour des Maisons qui ne se saluaient pas », dit Sszindi. « Mon mari a refusé une cargaison dont personne ne voulait connaître le contenu. On l’a déclaré voleur et on a saisi notre logement. J’ai fui avec un groupe de voyageurs; la galerie inondée nous a séparés. »
« Il y en a d’autres? » demanda Zaelyra.
Sszindi serra les dents pendant que la bande se resserrait autour de son flanc. « Peut-être. Je ne sais pas qui a réussi à passer. »
« Tu ne nous dis pas tout », dit Vhaelyn.
« Je ne sais pas tout. C’est différent. »
La réponse déplut à Vhaelyn, mais elle ne la contesta pas.
Zaelyra sentit le poids du regard de sa sœur. « Qui vous a dit ça? »
« Un homme avec une plaque au cercle ouvert. Il a dit que la route était sûre. »
Rhylor? Elle se retint de regarder vers l’entrée.
Vhaelyn s’approcha de la blessée, sans baisser sa garde. « Combien êtes-vous? »
« Ceux que vous voyez. »
« Ce n’est pas une réponse. »
« C’est la seule qui ne mettra pas d’autres vies en danger. »
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Zaelyra vit que la vieille avait gardé la main droite sous son manteau. Pas près d’une arme: près de la couture intérieure. Elle pouvait y cacher une autre feuille, un nom, ou rien du tout.
« Tu as une autre carte? » demanda-t-elle.
Sszindi regarda Vhaelyn avant de répondre. « J’ai un morceau. Il indique un puits sec, mais je ne sais pas si on peut y descendre. »
« Pourquoi ne pas nous l’avoir montré? »
« Parce que tu m’as demandé combien nous étions, pas où nous allions. »
Zaelyra acquiesça. Elle aurait pu insister. Au lieu de cela, elle attendit.
Après un long moment, Sszindi sortit un carré de cuir plié. Le tracé avait été gratté à plusieurs endroits, puis complété dans une encre plus récente. Trois mains différentes y avaient laissé des marques.
« Je n’ai pas dessiné ça », dit la vieille. « Celui qui me l’a donné disait qu’il avait lui-même reçu le morceau d’un autre. »
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« Tu connais son nom? » demanda Zaelyra.
« Il ne m’a pas donné son nom. Il a demandé le mien. »
Zaelyra examina le bord du cuir. Le premier tracé s’arrêtait à une fissure; le second la contournait, mais sans mesurer la pente. Elle comprit pourquoi Sszindi n’avait pas voulu livrer les noms. Cette carte était peut-être la seule preuve qu’une route existait, et la seule chose qui pouvait mener ceux qui la connaissaient jusqu’à eux.
« Nous pouvons la copier sans inscrire ton nom », dit Zaelyra.
« Et si la copie tombe aux mains des gardes? »
« Alors elle leur montrera un puits dont nous ne savons pas s’il est praticable. »
Vhaelyn fronça les sourcils. « Ce n’est pas une garantie. »
« Non. C’est la limite de ce que nous savons. »
Zaelyra rendit le cuir à Sszindi. La vieille ne le reprit pas tout de suite. Puis elle le glissa sous son bandage, là où aucun registre ne le chercherait.
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La fillette ouvrit sa boîte. Elle contenait des cartes minuscules, pliées en accordéon. Zaelyra reconnut l’écriture du cercle ouvert et une note au dos, écrite dans une main plus ancienne:
Do’Urden. N’a pas frappé.
Le nom n’était plus seulement une rumeur de Bazar. Il réapparaissait, au dos de ces cartes, parmi les marques de ceux qui avaient emprunté les passages.
Un garde arracha l’une des petites cartes dépliées à la fillette. Vhaelyn lui saisit le poignet.
« Pas comme ça », dit-elle.
L’ordre n’était pas pour Zaelyra. Il était pour tous.
Le moment dura peu. Un sifflement fendit l’air depuis le corridor. Une flèche se planta dans la caisse, près de la carte. Une seconde frappa la pierre et en détacha un éclat qui se planta dans la cuisse d’un garde. La jeune soldate qui accourut pour le tirer à couvert heurta l’arête de la caisse; une coupure lui traça une ligne rouge sur la joue.
Les lumières vacillèrent; dans le passage extérieur, des silhouettes couraient.
« Repli! » cria Vhaelyn.
Les gardes se dispersèrent pour tenir les angles. Zaelyra se jeta vers l’adolescent, qui s’était figé. Nym guida la vieille vers la corniche. Vhaelyn couvrit la fillette, puis se tourna vers sa sœur.
« La sortie basse! »
Elle savait donc. Ou elle avait compris au même instant.
Zaelyra ramassa l’une des cartes sur la caisse. La fillette resserra les doigts autour du coffret. Elles ne tirèrent pas l’une contre l’autre.
« Tu peux nous conduire au relais? » demanda Zaelyra.
« Si vous ne nous livrez pas. »
Les pas des poursuivants approchaient. Vhaelyn croisa le regard de Zaelyra. « Décide. »
Pour la première fois, sa sœur ne lui donnait pas un ordre.
Zaelyra tendit la main à la fillette.
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La fillette ne la prit pas tout de suite. Elle inspecta les doigts de Zaelyra, la dague à sa ceinture, puis les gardes derrière elle. Ce n’était pas de la peur sans pensée. Elle mesurait les distances et les issues.
Zaelyra posa sa dague sur le sol et la fit glisser vers Vhaelyn.
« Elle ne me suivra pas parce que je le demande », dit-elle. « Il faut qu’elle puisse choisir. »
Vhaelyn prit l’arme, puis recula d’un pas. « La sortie basse reste ouverte jusqu’au prochain changement de garde. Après cela, je ne pourrai pas garantir qu’elle le soit encore. »
« Si nous la prenons, Nym ne sera pas au temple avant l’ignition », dit Zaelyra.
« Non. »
« Tu peux encore nous arrêter. »
« Oui. »
« Tu nous laisses partir? » demanda Zaelyra.
« Je laisse une route ouverte. »
« C’est une différence? »
« C’est la différence entre te sauver et t’aider. Je ne ferai pas l’un à ta place. »
La fillette prit alors la main tendue. Elle garda l’autre sur sa boîte.
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Fin du chapitre 9