« Tu négociais un passage que tu ne connaissais pas? »
« Je négociais une carte que je savais fausse. Ce n’est pas pareil. »
« Ça l’est pour ceux qui se sont fait poursuivre. »
Kethra baissa les yeux. Le mouvement était trop petit pour être de la honte, mais assez pour montrer qu’elle avait entendu.
« La dette n’était pas à moi seule », dit-elle. « Ils avaient pris quelqu’un de mon réseau. Je pensais que l’information rachèterait sa liberté. Ils ont gardé la dette et pris le tracé. »
« Tu aurais pu leur donner autre chose », dit Zaelyra.
« Oui. »
« Tu aurais pu nous prévenir. »
« Oui. »
Elle ne proposa pas d’excuse. Dans le bruit de la porte, son silence avait plus de poids qu’une histoire bien arrangée.
« Et ils nous ont suivis jusqu’ici. »
« Ils avaient déjà vos noms. Je leur ai vendu le tracé que vous n’avez pas pris. Quelqu’un d’autre leur a donné Veyr. »
La porte trembla sous un troisième coup. Une des planches se fendit.
Brakka répartit les défenseurs: deux aux meurtrières, trois derrière la porte intérieure, un auprès de la citerne. Elle ne plaça personne sur les remparts exposés.
« Pourquoi ne pas prendre la tour? » demanda Zaelyra.
« Elle penche. Si l’ennemi la frappe, elle nous tombera dessus. »
« Elle pourrait nous donner une meilleure vue. »
« Une meilleure vue ne vaut rien si elle nous enterre. »
Zaelyra avait déjà entendu Rhylor dire presque la même chose à propos d’un plan trop assuré. Elle comprit que ces gens n’avaient pas besoin qu’elle leur donne du courage. Ils avaient besoin qu’elle partage les risques réels.
« Tu aurais pu nous le dire », dit Zaelyra.
« Je ne savais pas qu’ils avaient un second informateur. »
« Ou tu ne voulais pas perdre le prix de ton marché. »
Kethra accepta la phrase sans protester. « C’est possible. »