Zaelyra compara les lignes. La copie avait conservé les mesures, mais pas les marques de halte. On avait aussi déplacé le point d’origine d’une trentaine de pas, assez pour que le chemin débouche contre un mur.
Elle posa la copie sur le parchemin ancien et aligna les angles des galeries, puis les deux repères de pierre qu’elle venait de mesurer. Les intervalles correspondaient. Ce n’était pas le réseau entier qui avait été redessiné: un seul point avait glissé, et toutes les distances partaient désormais de lui. Le trait conservait la même longueur, mais conduisait ailleurs.
« Une erreur de copie? » demanda Zesstra.
« C’est possible. Je peux seulement établir l’effet: la version récente envoie le voyageur contre une paroi. Elle ne dit pas si le copiste s’est trompé ou s’il voulait fermer le passage. »
« Et les marques de halte? »
« Elles ont été retirées. Je ne sais pas par qui. »
La Matrone suivit du regard le trait interrompu. « Écris les deux possibilités. Ne choisis pas celle qui t’arrange. »
Zaelyra nota erreur possible et effacement possible, puis laissa un espace entre les deux. Elle n’avait pas encore de mesure qui permette de trancher.
« Elle ne vient pas de la même main. »
« Pourtant, elle a été certifiée par la Maison. »
« Alors le sceau certifie l’autorité, pas l’exactitude. »
Vhaelyn bougea à peine. Zesstra, elle, ne manifesta rien. Elle retira seulement la copie et la plaça face cachée.
« Tu apprends vite », dit-elle.
« J’apprends ce que les cartes ne disent pas. »
« C’est précisément ce qui peut te tuer. »
« Le nom circule dans les quartiers bas », dit la Matrone.
« Quelqu’un l’a écrit avant nous. »
« C’est possible. Mais cela ne prouve pas que la carte ou la note ait quitté la Maison. Une rumeur peut passer de bouche en bouche sans elle. »
« Les gens le répètent déjà. »